L'économie de l'intention : une nouvelle frontière de la marchandisation des données humaines.

 L'économie de l'intention : une nouvelle frontière de la marchandisation des données humaines.

L'article "Beware the Intention Economy: Collection and Commodification of Intent via Large Language Models" a été rédigé par Yaqub Chaudhary et Jonnie Penn, tous deux chercheurs à l'Université de Cambridge. Il explore les dynamiques émergentes de la collecte et de la marchandisation des intentions humaines à travers l'utilisation des modèles de langage de grande envergure (LLM).

Résumé général

L'article examine l'apparition d'une nouvelle forme d'économie, baptisée "économie de l'intention", dans laquelle les signaux liés aux intentions humaines sont captés et vendus grâce aux avancées des LLM. Les auteurs soulignent les risques potentiels pour la société et appellent à une régulation et une réflexion éthique sur ces pratiques.

Qu'est-ce que l'économie de l'intention ?

L'économie de l'intention se différencie de l'économie de l'attention. Alors que cette dernière vise à capter et monétiser le temps et l'attention des utilisateurs, l'économie de l'intention cherche à prédire et à influencer directement les décisions et désirs futurs des individus. Les LLM, en analysant d'énormes quantités de données, permettent de détecter, moduler et parfois façonner ces intentions, ouvrant ainsi la voie à leur exploitation commerciale.

Les outils de manipulation de l'intention

Pour parvenir à leurs fins, les modèles de langage s'appuient sur diverses techniques d'influence. Parmi elles, on retrouve :

  • La flatterie et l'ingratiation* : des réponses personnalisées qui visent à gagner la confiance de l'utilisateur.

  • L'infiltration émotionnelle : l'utilisation de signaux affectifs pour établir une connexion plus profonde.

  • L'ajustement progressif : des suggestions subtiles et répétées visant à orienter les choix sur le long terme.

Ces stratégies sont appliquées dans des contextes variés, allant des choix de consommation aux orientations politiques.

Les risques et les enjeux

Les auteurs alertent sur les conséquences possibles de cette nouvelle économie :

  • Manipulation à grande échelle : La capacité des LLM à influencer les intentions pourrait entraîner des dérives majeures, affectant les comportements de masse.

  • Érosion de l'autonomie : Les décisions humaines risquent d'être progressivement dictées par des algorithmes optimisés pour maximiser les profits des entreprises.

  • Exploitation commerciale des données sensibles : La collecte de données liées aux intentions pourrait ouvrir la voie à des formes inédites de surveillance et de contrôle social.

Conclusion et perspectives

Chaudhary et Penn appellent à une vigilance accrue et insistent sur la nécessité de mettre en place des régulations spécifiques pour encadrer cette nouvelle économie. Ils plaident également pour une réflexion collective sur les implications éthiques de l'exploitation des intentions humaines.

L'article met ainsi en lumière les défis critiques que pose l'économie de l'intention et souligne l'importance de protéger la souveraineté individuelle à l'ère de l'IA avancée.

*L'ingratiation désigne une stratégie de comportement visant à gagner la faveur ou la bienveillance de quelqu'un par des moyens flatteurs, agréables ou serviles. Il s'agit d'une forme de manipulation douce où l'objectif est de rendre l'autre personne plus disposée à accorder quelque chose ou à agir dans un sens favorable à celui qui pratique cette technique.


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